ETAT DES PRISONS EN RELATION AVEC L'OFFRE DE SOINS PSYCHIATRIQUES ET COVID-19

L'état des prisons sur le plan sanitaire et tout particulièrement en psychiatrie est difficile à connaitre. L'atelier "Psychiatrie en milieu pénitentiaire" du Comité de pilotage de la psychiatrie met en place un recueil d'information à intervalle le plus rappoché possible pour évaluer l'état des lieux relatif à la psychiatrie en prison.

 

La connaissance de cet état des lieux est utile pour les professionnels de la psychiatrie qui peuvent être informés de ce qui se passe dans le autres unités sanitaires, mais aussi pour tous ceux qui sont intéressés par ce sujet.

 

Vous trouverez ci- dessous :

  1. Les recommandations des autorités sanitaires
  2. Le modèle de questionnaire envoyé aux SMPR dont la mission régionale permet de coordonner le recueil d'informations
  3. L'état des lieux des unités sanitaires en milieu pénitentaire dont la compilation est assurée par le Dr Tatiana Scouflaire, psychiatre dans le pôle de psychiatrie en milieu pénitentiaire du CHU de Lille

Recommandations des autorités

Ministère de la Santé : Organisation des unités sanitaires dans le contexte du déconfinement
Covid-19 Mesures détention déconfinement[...]
Document Adobe Acrobat [1.2 MB]
Covid-19. Mesures en détention 06042020
Covid19n phase3 Mesures Détention 060420[...]
Document Adobe Acrobat [567.4 KB]
Covid-19. Mesures en détention 02042020
Covid19 mesures détention psy 02042020.p[...]
Document Adobe Acrobat [666.4 KB]
Recommandations Covid-19 Personnes détenues - 03/03/2020
05032020Covid19 Mesures DétentionVersion[...]
Document Adobe Acrobat [164.6 KB]

Modèle de questionnaire adressé aux USMP

Ce questionnaire est adressé par les SMPR aux USMP de leur région dans le cadre de la mission régionale des SMPR, mais si des USMP ne l'avaient pas reçu et souhaitaient faire état de leur situation, elles peuvent le renvoyer directement aux trois adresses indiquées dans le questionnaire.

Cette enquête se fait exclusivement sous le mode du volontariat et les résultats sont globalisés et anonymisés, sauf en ce qui concerne la liste des USMP ayant répondu.

Modèle de questionnaire : Etat des lieux psychiatrique des USMP
USMP Covid 17.docx
Document Microsoft Word [20.6 KB]

Tour de veille des USMP

Résumé tour de veille des unités sanitaires en milieu pénitentiaire COVID-19

Semaine 16 du 13 au 19 avril et semaine 17 du 20 au 26 avril 2020

 

Quarante-deux unités sanitaires ont participé au tour de veille pour ces deux dernières semaines.

 

Situation institutionnelle

 

Les consultations psychiatriques restent limitées aux arrivants, aux urgences et aux patients vulnérables dans l’ensemble des unités sanitaires. Les activités thérapeutiques restent suspendues.

Pour les hôpitaux de jour, certains accueillent encore des patients mais sans nouvelle admission possible.

 

Les effectifs soignants restent réduits dans la plupart des unités sanitaires soit pour cause d’arrêts maladie, soit parce que les soignants sont mobilisés dans d’autres services, soit parce que les effectifs minimums nécessaires sont mobilisés sur place (le reste des soignants étant mis en réserve ou en télétravail).

 

Il est envisagé d'augmenter progressivement l’activité de consultation dans certaines unités sanitaires, ceci en lien avec l’annonce de la prochaine levée du confinement, les sollicitations des personnes détenues et les tensions relevées en détention.

 

Situation psychiatrique

 

40 % des répondants observent toujours des tensions chez les personnes détenues. Les motifs invoqués sont le manque de toxiques, les inquiétudes concernant leur propre santé et la santé de leur proches vis à vis du coronavirus, le manque d'activité ou encore le manque de moyens matériels et financiers depuis l’arrêt du travail et des parloirs.

 

L’annonce par le gouvernement de la levée du confinement soulève chez les détenus et les soignants des interrogations concernant la reprise des parloirs et des activités et leurs conditions de réalisation. Aucune directive officielle n’est parue à ce jour concernant ces deux points.

 

Situation COVID

 

Le tableau concernant le nombre de patients suspectés d’infection COVID et le nombre de cas confirmés est transmis par les différentes ARS. Pour l’instant, l’apparition de cas confirmés de COVID-19 semble sporadique et l’épidémie contenue par les mesures de protection appliquées par tous.

 

Le port du masque systématique semble généralisé, avec mise en place de mesures de protection plus strictes pour les interventions en unité COVID (masque FFP2, surblouse, lunettes de protection, charlotte, gants, sur-chaussures).

 

Entrées et sorties de détention

 

De nombreuses libérations anticipées continuent d’être effectuées ; nous ne disposons pas encore de chiffres officiels.

Les équipes soignantes confrontées à ces libérations déplorent toujours des difficultés à effectuer le relais des soins.

Les listes des patients éligibles à une libération sont souvent transmises aux unités sanitaires par les services pénitentiaires d’insertion et de probation en amont de la décision judiciaire. Toutefois, après la décision de libération actée, les délais d’information sont très courts ou quelque fois inexistants. 

 

La diminution d’activité des CMP et CSAPA en lien avec l’épidémie actuelle complique les possibilités de relais ambulatoire. Les admissions dans les structures de soins type post-cure sont toujours suspendues pour nos patients sortant d’incarcération.

 

Quelques soignants interrogés expriment leurs inquiétudes concernant une légère augmentation du nombre d’arrivants observée cette semaine. Certaines incarcérations très courtes (de quelques jours à un mois, souvent pour non-respect du confinement) interrogent les équipes soignantes sur la prise de risque sanitaire engendrée par ce type d’incarcération.

Résumé du tour de veille des unités sanitaires en milieu pénitentiaire COVID-19

Semaine 16 du 13 au 19 avril 2020

 

Situation institutionnelle

 

Afin de limiter les déplacements au sein des centres pénitentiaires, certaines initiatives sont prises. Deux US déclarent désormais réaliser une délivrance de la méthadone en cellule plutôt qu’en distribution commune. Concernant les consultations, la plupart privilégient des consultations uniquement à l’unité sanitaire et évitent au maximum de consulter dans les bâtiments de détention.

 

Situation psychiatrique

 

Des tensions chez les personnes détenues liées à la situation restent observées dans la moitié des unités sanitaires. Ces dernières remarquent une augmentation des signalements en lien avec la crise sanitaire, le confinement, un manque de toxiques ou des inquiétudes concernant l’entourage. Logiquement,  la situation actuelle crée un isolement dans l’isolement déjà existant en détention. 

 

Situation COVID

 

Le tableau concernant le nombre de patients suspectés d’infection COVID est transmis par l’ARS.

Au 16/04, on relève 2 cas confirmés à Sequedin et 1 cas confirmé à Annoeullin. Le nombre de cas suspects d’infection COVID est de 13.

 

En matière de protection, le port du masque est désormais généralisé à toutes les unités sanitaires. Quatre d’entre elles appliquent également le port de tenues complètes comme mesure barrière supplémentaire. L’approvisionnement en matériel de protection semble suffisant dans l’ensemble des unités. Une des quatre unités appliquant le port des tenues complètes déplore par contre le manque de tenues à disposition.

 

Concernant les libérations anticipées survenues en nombre ces dernières semaines, certaines US ont vu revenir en détention des personnes récemment libérées pour des motifs d’outrage/rébellion lors de contrôles d’attestation de déplacement.

Le délai d’information et de préparation du relais des soins concernant les libérations anticipées reste problématique. Certains bénéficient de listes de détenus éligibles à une libération anticipée en amont de la décision, souvent communiquée par le SPIP. Pour autant, le délai de libération après la décision du juge est apprécié comme trop court par la plupart des soignants interrogés. Rappelons que certains CSAPA ne pouvant plus actuellement réaliser de nouvelles prescriptions, des stratégies d’adaptation sont nécessaires à mettre en place (lien avec la pharmacie/le médecin généraliste et remise d’un ordonnance bien souvent).

Enfin, bien que le ministère de la Santé ait annoncé la publication d’une fiche à destination des équipes mobiles précarité afin de poursuivre la prise en charge sanitaire et psychiatrique des publics libérés sans ressources financières et matérielles, la libération des personnes en situation de précarité sociale dans le contexte de saturation des lieux d’accueil continue d’inquiéter les professionnels du soin en incarcération. 

Résumé tour de veille des unités sanitaires en milieu pénitentiaire COVID-19

Semaine 15 du 6 au 12 avril 2020

 

Trente-quatre unités sanitaires (US) ont participé au tour de veille de la semaine du 6 au 12 Avril 2020.

 

Situation institutionnelle

 

Les consultations psychiatriques restent limitées aux arrivants, aux urgences et aux patients vulnérables dans l’ensemble des unités sanitaires.

 

Pour les hôpitaux de jour, certains accueillent encore des patients mais sans nouvelle admission possible.

 

Les effectifs soignants sont réduits dans la plupart des unités sanitaires (environ 90 % d’entre elles) ; soit pour cause d’arrêts maladie, soit parce que les soignants sont mobilisés dans d’autres services, soit parce que les effectifs minimums nécessaires sont mobilisés sur place (le reste des soignants étant mis en réserve).

 

Afin de limiter les déplacements au sein des centres pénitentiaires, certaines initiatives sont prises et diffèrent selon les services interrogés. On relève notamment des consignes différentes concernant le lieu de distribution de la méthadone et le lieu des consultations. Certaines US privilégient une délivrance de la méthadone en cellule ou au contraire maintiennent la distribution à l’US ou dans une salle dédiée en détention. Concernant les consultations, certains ont souhaité qu’elles se déroulent uniquement à l’unité sanitaire ou au contraire uniquement en détention dans une salle dédiée avec arrêt de la venue des patients à l’unité sanitaire.

A Paris-La Santé où les détenus sont seuls en cellule et disposent d’un téléphone, un numéro vert a été mis en place pour permettre des consultations téléphoniques avec les psychologues.

 

Il est à noter que si la consigne a été donnée de limiter l’activité et les déplacements, aucune recommandation claire n’a été formulée concernant le lieu de distribution des traitements de substitution opiacée ainsi que le lieu de consultation idéal.

 

 

Situation psychiatrique

 

Un peu plus de la moitié des soignants interrogés (55%) remarquent une montée des tensions chez les personnes détenues. Les motifs invoqués sont le manque de toxiques, les inquiétudes concernant leur propre santé et la santé de leur proches vis à vis du coronavirus (certains ayant appris le décès de proches) ou encore le manque d'activité.

 

 

Situation COVID

 

Le tableau concernant le nombre de patients suspectés d’infection COVID et le nombre de cas confirmés est transmis par les différentes ARS.

 

Chaque établissement pénitentiaire a aménagé une zone dédiée à l’accueil des cas suspects ou avérés de COVID.

 

L’isolement des arrivants pendant 14 jours est respecté dans l'ensemble des centres pénitentiaires, à l'exception d'Arras ou la direction pénitentiaire a décidé de diminuer cette durée à 8 jours.

 

Tous les surveillants ont été équipés de masques le 28/03. Certains remarquent qu’une éducation au port correct du masque et aux mesures d’hygiène des mains est nécessaire auprès des surveillants.

 

Concernant le port des masques par les équipes soignantes, la tendance est au port du masque systématique puisque cette semaine 90 % des unités sanitaires déclarent porter des masques. Les données nationales sur les modalités du port du masque par les soignants ne sont pas disponibles. A titre indicatif et s’agissant des 21 unités sanitaires rattachées à l’UHSA de Lille-Seclin : 80 % des unités sanitaires déclarent porter des masques tout au long de leur poste et 20% uniquement au contact avec les patients.

 

En matière de protection, on peut souligner également que le port de tenues complètes commence à être appliqué pour les soignants de quelques unités sanitaires pendant leur poste.

 

Les équipes des unités sanitaires (hors unités sanitaires des maisons centrales) sont confrontées à de très nombreuses libérations anticipées depuis quelques jours. Outre le fait qu'elles représentent une source de travail supplémentaire, une partie des soignants interrogés déplorent des difficultés de communication concernant les personnes libérables (délai d'information trop court, relais des soins addictologiques compliqué du fait de l'absence de médecins addictologues dans certains CSAPA, patients qui sortent sans logement ou sans moyen de transport ou encore surveillants qui n'accompagnent pas jusqu'à l'unité sanitaire pour la remise du traitement et du courrier de sortie).

Enfin, la libération des patients en situation de précarité sociale durant cette période de crise inquiète. En effet,  les services d'insertion et de probation fonctionnent pour la plupart en effectifs restreints, les services d'hébergement d'urgence sont pour la plupart saturés, et les structures avec lesquelles nous collaborons habituellement pour l'accueil de nos patients en sortie d'incarcération n'accueillent plus actuellement.

 

Fresque de l'ancienne maison d'arrêt de Pointe-à-Pitre (détruite)
Maison d'arrêt de Coutances
Version imprimable Version imprimable | Plan du site
© Association des secteurs de psychiatrie en milieu pénitentiaire