Les 27e Journées des Secteurs de Psychiatrie en Milieu Pénitentiaire à Cherbourg à la Cité de la Mer prévues du lundi 6 avril au mercredi 8 avril 2020 ont été annulées, car survenant pendant le pic de la pandémie de covid-19.

 

Le choix a été fait de ne pas les reporter, mais de les faire exister sous forme de contributions demandées aux intervenants qui le souhaitent, aux présidents des séances et aux congressistes qui s’étaient inscrits, y compris les posters soumis par différentes équipes. Mais des contributions sont acceptées (mais restant soumises à l’approbation du comité scientifique des Journées) de toute personne intéressée par le thème du congrès, tout en pouvant moduler ces écrits des réflexions et émotions de ce moment exceptionnel et déroutant pour l’ensemble de l’humanité.

 

Ne pas les reporter, c’est considérer qu’elles ont existé dans cette période si particulière;  publier les actes en conservant les dates prévues, c’est considérer que la vie, pour ceux qui ont eu la chance de la conserver, ne s’est pas arrêtée et que cette publication représente un effort de mémoire pour ceux qui l’ont perdue et également un hommage pour tous les corps professionnels qui ont continué à faire vivre le pays pendant cette période, avec une pensée toute particulière pour les équipes soignantes des services de réanimation qui ont connu bien des situations éprouvantes et des questionnements éthiques.

 

Les actes seront au moins publiés sous un format PDF, voire si possible sous forme d’un ouvrage. Vous trouverez ci-dessous l'argument et le programme juste avant sa version définitive.

 

Chaque intervention devait être précédée dans le programme définitif d'un court argument permettant de situer le sujet. Pour ce travail de publication, chaque conférence ou table ronde sera précédée d'une mise en prespective du sujet présenté ou débattu.

 

Merci pour votre contribution.

 

Michel DAVID

Président de l'ASPMP

Argument 27e Journées des SPMP v7.pdf
Document Adobe Acrobat [183.4 KB]
programme 27ejournees inter 190220.pdf
Document Adobe Acrobat [4.5 MB]

Mise en perspective

Michel DAVID

 

Cette table ronde réunissant syndicats et association de psychiatres était attendue depuis longtemps. En effet, les relations entre professionnels de la psychiatrie générale et ceux exerçant en milieu pénitentiaire ne sont pas toujours aisées. Rares sont en effet les opportunités d’un dialogue entre les organisations professionnelles de psychiatres sur ce sujet.

 

En effet, la création du secteur de psychiatrie en milieu pénitentiaire (SPMP) a été en partie motivée par la réticence des psychiatres hospitaliers à intervenir en milieu pénitentiaire et a contribué à un clivage progressif entre psychiatrie générale et psychiatrie en milieu pénitentiaire, mettant à mal le principe « libérateur », désaliénant du Secteur. Les réticences s’exprimant dans les années 70 reposaient sur un postulat en partie faux : les troubles psychiatriques que présentaient les personnes détenues étaient dus au contexte délétère de la prison. Certes, personne ne peut nier que le milieu carcéral n’est guère propice à l’épanouissement d’une bonne santé mentale, mais il n’y avait aucune raison sérieuse de penser que des troubles mentaux sans relation avec la prison pouvaient épargner les personnes incarcérées. Mais cette position « idéologique » n’était pas la seule cause de réticence à intervenir dans les prisons qui n’offrait pas de prime abord un cadre d’exercice épanouissant, en tout cas moins « familier » que ne l’est l’hôpital ou l’exercice en centre médico-psychologique entre autres.

 

La psychiatrie de la seconde moitié du XXe siècle avait souhaité quitter l’asile, être intégrée dans la cité et la prison semblait revenir à un système clos. Aussi, est-il particulièrement paradoxal que pour vaincre les réticences des psychiatres, a-t-il fallu créer le secteur de psychiatrie en milieu pénitentiaire en 1986, un secteur se définissant par son lieu d’exercice « ghettoïsant », s’opposant aux deux autres secteurs de déclinant autour des principes de la psychiatrie de l’adulte et de la psychiatrie infanto-juvénile. Bien qu’ambigu, il faut reconnaitre que la création du SPMP a été en avance sur la médecine somatique en étant rattaché au ministère de la Santé, aux hôpitaux, alors qu’il faudra attendre 1994 pour que la médecine somatique suive la même voix, se détachant de la tutelle de l’Administration pénitentiaire et quittant son statut de « médecine de sous-hommes » comme la qualifiait Robert Badinter. Un autre avantage de la création du SPMP a été de lui permettre d’obtenir des moyens de fonctionnement qui lui manquait alors sérieusement.

 

Cependant, cette démarche accompagnait un lent mouvement sécuritaire de la société. Quand les personnes détenues nécessitaient un soin contraint, qui est impossible en prison, il fallait les hospitaliser en hôpital psychiatrique, ce qui n’était pas sans problème pour diverses raisons : peur de l’image de détenu, raisons sécuritaires, comme la crainte de l’évasion. Et les conditions d’hospitalisation, le plus souvent en chambre d’isolement, ne s’avéraient absolument pas thérapeutiques. Cette persistante réticence psychiatrique, en phase avec l’aggravation des ambiances sociétales sécuritaires a conduit à la création des unités d’hospitalisation spécialement aménagées (UHSA) en 2002 dont le programme s’est lentement déployé et n’est pas achevé au moment de ces journées. Les UHSA sont implantées dans un hôpital, mais avec une sécurisation pénitentiaire. Les moyens qui leur sont octroyés sont également une source de tension avec une psychiatrie générale dont on connaît le manque important de moyens et qui l’a largement manifesté ces derniers temps.

 

Les UHSA, même à l’issue de l’achèvement de toutes les constructions prévues, ne permettront pas de répondre aux besoins de la population pénale, dont on sait qu’elle est chroniquement en surnombre, symptôme aussi d’une société pusillanime qui éprouve des difficultés à renoncer à une politique répressive préférant l’incarcération à une politique d’alternatives à la prison. La création des UHSA redistribue l’offre de soins psychiatriques aux personnes incarcérées. La mission « d’hôpital de jour » atypique des services médico-psychologiques régionaux (SMPR) a besoin d’être redéfinie, ainsi que la mission régionale des SMPR, sans oublier que l’ensemble de cette organisation sanitaire connaîtra des changements secondaires au régime des autorisations en cours d’élaboration par la ministère de la Santé.

 

Indépendamment de ces grandes manœuvres, mais à leur occasion, il est opportun de s’interroger sur l’opportunité actuelle de maintenir un clivage entre secteur de psychiatrie générale et secteur de psychiatrie en milieu pénitentiaire, d’autant plus qu’en s’appuyant sur la notion de « parcours de soin » de tout assuré social, la personne détenue ne l’est que pour un temps et le passage dans le « CMP de la prison » doit pouvoir être le relais d’éventuels soins antérieurs ou à venir en milieu ouvert. Une unité sanitaire en milieu pénitentiaire (USMP), pour utiliser la terminologie actuelle, ne devrait-elle pas simplement être un CMP comme tous les autres et inclus dans un pôle ou un secteur de psychiatrie? Penser ainsi serait revenir aux fondamentaux du secteur de psychiatrie, « ghettophobe » par nature.

 

La table ronde va ainsi permettre de se demander si la psychiatrie en milieu pénitentiaire est une psychiatrie à part entière ou entièrement à part.

Claire GEKIERE

Psychiatre de secteur en Savoie

Union Syndicale de la Psychiatrie (USP)

 

J’avais proposé de représenter l’USP à ces journées pour 2 raisons : d’abord la contrainte, les restrictions de liberté, les inclusions stigmatisantes m’intéressent de longue date ; ma thèse de médecine portait il y a plus de 30 ans sur les « transformations de PO en PV ». Et puis j’aurais aimé découvrir Cherbourg ; la « cité de la mer » et la « gare transatlantique » avaient vaincu ma retenue initiale à traverser la France en diagonale depuis la Savoie.

 

Le positionnement de mon syndicat sur les soins aux personnes détenues n’a pas varié au fil des ans et est assez simple à résumer :

  • Des moyens suffisants pour les SMPR et autres soins en milieu pénitentiaire.
  • Pas d’obligation de soins en prison, et donc hospitalisation en service de psychiatrie en cas de refus de soins.
  • Ces hospitalisations ne doivent pas avoir lieu systématiquement en chambre d’isolement (comme le pratiquent encore la majorité des services de psychiatrie), celle-ci relevant d’une indication médicale, en fonction de l’état clinique.
  • En 2008, nous nous sommes opposés à la loi de rétention dsûreté, monstruosité juridique, aux relents totalitaires : comme l’écrit Hannah ARENDT dans « Les origines du totalitarisme » : « Dans le monde totalitaire la catégorie des suspects embrasse la population toute entière… Du seul fait qu’ils sont capables de penser, les êtres humains sont suspects par définition » (Points Seuil, 1972, p. 162).
  • Les UHSA nous ont posé un problème lors de leur création : amélioration des conditions de soins, mais dispositif d’exception (risquant de plus de capter les personnels des hôpitaux où elles sont créées). En pratique, sur Lyon, l’UHSA n’empêche pas le passage en HP vu ses modalités et délais d’admission.
  • Nous avons dénoncé régulièrement les atteintes à la confidentialité liées au partage de plus en plus intrusif de données de santé des personnes détenues avec l’administration pénitentiaire, en raison de pressions sécuritaires de plus en plus fortes. Cela existe dans tous les champs de la psychiatrie, la récente décision du Conseil d’Etat dans l’affaire du croisement du fichier Hopsyweb avec celui des fichés S s’inscrit dans cette politique systématique de non-respect de la vie privée :
  • Ne pas de soucier de la protection de la vie privée sous prétexte que l’on n’a rien à cacher, c’est comme ne pas se soucier de la liberté d’expression sous prétexte que l’on a rien à dire » Edward SNOWDEN.

 

Globalement, l’USP approuve et soutient les positions prises par l’ASPMP et le contrôleur général des lieux de privation de liberté, puisque nous partageons cette vision du monde ainsi résumée par Benjamin FRANKLIN « un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’un ni l’autre, et finit par perdre les deux ».

 

Vision mise à l’épreuve du confinement actuel et de « l’état d’urgence sanitaire », qui fait si bien ressortir les problèmes déjà connus : isolement de certains, violences intrafamiliales, inégalités sociales, paupérisation organisée des services publics. Puissent cette lumière crue sur ces problèmes, l’éprouvé corporel de chacun d’une restriction de la liberté d’aller et venir et ces élans de solidarité éclos et tenaces nous permettre de travailler différemment après cette épreuve collective.

Fresque de l'ancienne maison d'arrêt de Pointe-à-Pitre (détruite)
Maison d'arrêt de Coutances
Version imprimable Version imprimable | Plan du site
© Association des secteurs de psychiatrie en milieu pénitentiaire